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    4/10/2007

    C'est par ici...

    Ca fait un petit paquet de temps que j'ai émigré et je viens de me rendre compte que je ne l'avais toujours pas signalé ici...
     
    Alors veuillez me suivre, je vous prie! http://centralcervicales.blogspot.com
    7/20/2006

    Silencio

    Hélas il nous arrive de perdre de vue certaines personnes. Pour diverses raisons... Dans le cas de Julien, pour incompatibilité d'humeurs. Mais pas de goûts, loin de là. Musicien émérite, je continue  de suivre son actualité par le biais de son site et suis toujours ravie par ses mélodies douces et aériennes.
     
    Je ne peux donc résister à l'envie de vous le faire découvrir et c'est ainsi que je choisis Hindsight comme trame sonore à mon espace, et vous laisse quelques liens au hasard desquels flâner et, je l'espère, vous enthousiasmer!
     
    7/19/2006

    Marie-Antoinette

    Je suis fâchée. Fâchée après les historiens méticuleux qui refusent que l'on puisse interpéter leur sacro-sainte Histoire et qui ne jurent que par les films historiques aussi rigides que des corsets; je ne dis pas par là qu'ils sont mauvais, attention à ne pas se méprendre. Mais je maintiens préférer être conduite à m'intéresser sérieusement à un évènement historique ou une époque par le biais d'oeuvres qui nous rendent ces figures du passé plus humaines. Mais voilà, il y a cette maudite bienséance qui poussent les intriguants poussiéreux à crier au scandale... D'autant plus qu'avec Marie-Antoinette, ce sont les américains qui sont accusés de remanier l'Histoire à leur façon (cf. le forum consacré au film sur Allocine http://www.allocine.fr/communaute/forum/message_gen_nofil=426096&cfilm=57887&refpersonne=&carticle=&refserie=&page=1.html)
     

    Scandale: il y a quatre siècles, les artistes italiens ont remanié l'histoire biblique à leur façon en vêtant Jésus et ses apôtres à la mode de leur temps!

    Scandale: il y a trois siècles, on a bousillé la carrière de Corneille pour avoir fait parler français sa Chimène espagnole dans Le Cid!

    Scandale: il y a deux siècles, Hernani de Victor Hugo a fait hurler des hordes de conservateurs poussiérieux pour avoir remanié l'histoire espagnole; la famille Dumas a eu l'audace de ne pas faire de ses Trois Mousquetaires et autres Comte de Montecristo, des documentaires figés sur l'histoire des temps de Louis XIV et, au contraire, de la romancer!

    Les américains n'ont pas d'histoire ou si peu... Mais pas de scandale prudement offusqué à la sortie de The Crucible d'Arthur Miller (pièce de théâtre mettant méchamment le doigt sur les motivations réelles de la chasse aux sorcières de Salem, en romançant évidemment). Et pas de scandale à la sortie de Gangs of New York. Non pas que je me mette dans quelque camp que ce soit. Mais je leur concède tout de même une certaine ouverture d'esprit mêlée à une inventivité créatrice qui a pu également leur permettre de transposer dans l'univers de notre époque une pièce élisabethaine aussi connue que Roméo et Juliette. Je m'égare peut-être un peu mais là où je ne le fais pas, c'est en constatant que notre pédantisme de français engoncés dans la préciosité de notre histoire culturelle est si rigide qu'apparemment une seule tentative d'interprétation peut apparemment le pousser à se sentir menacé! Quatre siècle des mêmes scandales!!

     

    A cela, bien sûr, on peut m'objecter que les personnages dont je parle ici sont uniquement fictifs, alors que Marie-Antoinette est un personnage historique. Mais je maintiens alors que dans Les Trois Mousquetaires et ou encore Les ferrets de la Reine, les personnages historiques interviennent régulièrement. Ainsi que dans beaucoup de romans de genre historique, comme Les Rois Maudits de Maurice Druon, pour ne citer que cet ouvrage.

     

    J'ai enfin eu l'occasion de voir Marie-Antoinette. Et j'ai été enchantée: la fraîcheur qui se dégage de ce film nous élève un peu plus vers une atmosphère éthérée, et le château de Versailles est merveilleusement mis en valeur par les couleurs, les costumes et la prestances des acteurs qui le peuplent durant ces deux heures de tableau mouvant. Le personnage même de Marie-Antoinette y est montré comme extrêmement attachant, bouleversée très jeune par son arrachement à ses habitudes et sa découverte brutale d'un pays et d'une cour où les coutumes lui sont étrangères. Encore une fois, c'est plus le passage à l'âge adulte que Sofia Coppola nous dépeint sous prétexte d'illustrer la vie de la reine. Et quand bien même, elle se paraphrase comme l'aiment à dire les critiques les plus acerbes, en tant qu'éternelle adolescente, je ne m'en lasse pas.

     

    Toute cette musique moderne sur des scènes du XVIIIe siècle? Les plus attentifs auront remarqué qu'elles sont placées sur des moments qui se penchent sur la vie intime de la reine, et illustrent plus son état d'esprit et son humeur. Il s'en trouve tout de même sur une scène (magnifique) de bal masqué? Celui qui justement transportera Marie-Antoinette hors de son carcan social habituel et où elle pourra à loisir laisser éclater sa véritable personnalité sous couvert du masque qui la dissimule! Et l'on jubile avec elle. Les musiques tirées de notre temps nous rendent les distractions de l'époque plus accessibles et l'on imagine mieux la joie palpable à ces occasions alors que nous-mêmes avons désormais beaucoup de mal à imaginer danser sur les menuets de Couperin ou Rameau. Et au plus mauvaise langues, j'objecterai que ce dernier est représenté dans la bande son du film tout de même.

     

    Oui j'ai été agréablement surprise par Marie-Antoinette et deux jours après être allée le voir, mon esprit se délecte encore de son ambiance de fête et de ses couleurs droit sorties d'un tableau du XVIIIe siècle: comme je me suis délectée du lever de soleil auquel assistent la reine et ses amis dans les jardins de Versailles!

     

    Un bon point, Mademoiselle Coppola!

    7/9/2006

    Ô satisfaction!

    Ce n'est que lorsque l'on accepte de chercher plus loin que le bout de son nez que l'on arrive à ses fins... Comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, entrer l'ISBN suffit à afficher tout ce que je voulais! Heureuse et satisfaite, j'en ai profité pour apporter quelques corrections et modifications à ma liste, qui se trouve désormais tout à fait honnête. Vouée à s'allonger, mais ça c'est un avantage, non?

    Ô frustration!

    Comme j'ai encore en moi la petite fille qui rêvait d'avoir les mêmes jolies choses que ses copines, c'est après avoir vu les jolies petites icônes illustrant les lectures favorites de notre Miss Margouillat que je me suis décidée à avoir les miennes moi aussi.
     
    C'est ainsi que j'ai pu constater qu'MSN avait soigneusement prévu le coup (ce qui expliquait d'ailleurs les icônes disponibles sur la page de ma camarade). Cependant, pour la pub, pas de problèmes, mes livres sont bien reliés à Amazon. Achetez, achetez, achetez; pub, pub, pub; évidemment, ce qui a l'air d'être le plus important pour nos sociétés de services fonctionne sans problèmes. Par contre, ce qui l'est pour moi, que dalle! Aucune image disponible.
     
    Frustrée je suis, donc, et c'est avec insistance que je réessaierai plus tard. Moi aussi, j'aurai pour illustrer ma liste les icônes des couvertures de mes livres favoris!! NON MAIS! En passant, si tu as bidouillé quelque chose, Miss, laisse moi un indice, je galère!
     
    Affaire à suivre...
    6/27/2006

    Hommage par procuration...

    ... à l'un de mes deux films favoris, Eternal Sunshine of the spotless mind, par le biais du blog d'un certain Adam qui, habitant New York, a pu faire le voyage jusqu'à Montauk afin d'expérimenter la vadrouille solitaire de Joel et Clementine. Quelques jolies photos, bien que petites, mais lorsque l'on est fan, c'est assez attendrissant!
     
    6/22/2006

    In her shoes

    Le nom de Curtis Hanson me paraissait incompatible avec les "comédies romantiques" d'ordinaire réservées aux filles, comme pouvait le laisser croire l'affiche de ce film qui, pourtant, récoltait d'assez bonnes critiques. On ne peut pas dire, me semble-t-il que le superbe LA Confidential  corresponde à cette catégorie avec son histoire à l'eau de pissenlit de police corrompue, issue de l'esprit sombre de James Ellroy.
     
    Prenons donc Rose et Maggie, deux soeurs improbables, l'une aussi blonde et mince que l'autre est brune et enrobée. La blonde est volage et bébête, la brune est intelligente et avocate. Et lorsque la petite blonde attire un des rares mecs de sa soeur dans son lit et que cette dernière le découvre, l'effondrement est inévitable. Ca fleure le cliché si fort, que l'on se dit qu'il y doit y avoir un truc.
     
    Et c'est là que Curtis Hanson, se basant sur l'histoire de Jennifer Weiner (In her shoes est tiré du roman du même nom), colle à sa réputation en en faisant un bon film: on s'aperçoit très vite que la blonde n'est pas bête, mais en est simplement persuadée, et que la brune n'est pas si vouée à la solitude que ça. Nous voilà donc face à un pied de nez aux clichés sur les blondes et les brunes plus qu'efficace, dans la mesure ou l'on croyait avoir à faire à un énième film frivole traitant de cette même contradiction. Détournement réussi!
     
    Le film nous fait alors la leçon sur les dangers de se fier aux apparences, l'on pouvait s'y attendre. Mais là où de nombreux prédécesseurs du genre s'arrêtaient là, celui-ci nous pousse à réfléchir sur le fait qu'effectivement l'apparence pousse souvent les gens vers un jugement hâtif, mais qu'en plus de ça, elle peut dangereusement influer sur l'image que l'on a de nous-même et nous brider en nous empêchant d'exploiter des capacités que l'on pensait ne pas avoir, "étant blonde" ou "étant brune" pour caricaturer.
     
    En définitive, j'ai été surprise par un film très bien interprété (Cameron Diaz est très touchante dans son rôle) et qui, malgré son apparente soumission aux clichés du film à l'eau de rose, nous pousse à réfléchir sur un sujet assez important dans notre monde où le diktat de la mode devient de plus en plus encombrant...
    6/17/2006

    Elle est pas douée quand même...?

    ... ma Sister? Elle vous fait la lumière de la lune traversant les nuages, en cinq minutes! Comment ça, c'est Photoshop qui a fait tout le boulot? Non non non!! Faut avoir de l'imagination pour faire tout ça! Non mais...
     
    (Ô Dieux de l'informatique rendez-moi mon ordinateur...)
    6/14/2006

    White on white

    A pic, cette panne d'ordi! Idéale pour nous servir de prétexte à cette longue pause, qui n'est autre, malheureusement qu'une longue panne sèche. Le soleil présent ces derniers temps en Normandie a fait s'évaporer toute inspiration, et bien que ces derniers temps aient été riches en expériences pour moi, rien n'y fait. Je fais la tête aux mots, et cette crise de flemme aigue me rend presque bête. Je me colle devant mon clavier et rien d'intéressant ne vient, qu'un babillage inerte de collégienne (sans insulte). Alors je patiente. Il y a parfois quelques sursauts sans grand intérêt, mais mes lectures et mes visionnages du moment devraient décoincer tout ça. Ne manque plus qu'à mon ordi de vouloir repartir afin qu'au lieu de kidnapper celui des autres, je puisse m'y installer tranquillement, dans mon univers, ma bulle, ma tête... Ca reviendrait presque, dites-moi!
    5/19/2006

    Les notices

    Je ne sais pas si certains auteurs de notices d'utilisation sont plus que consciencieux, ou si sachant que, pour des objets tels que les sèche-cheveux, leurs oeuvres ne sont que très peu lues, ils se permettent de les parsemer de petites plaisanteries incongrues: cela fait cependant son effet lorsque, juste après nous avoir conseillé de se pencher la tête en bas en fin de séchage afin de donner plus de volume à notre coiffure, notre bienveillant auteur nous conseille de "ne pas trop se pencher car, en effet, en tombant nous pourrions endommager notre sèche-cheveux"...
     
    J'ai A-DO-RE!!

    Les portes se sont ouvertes...

    ... sur un trésor inestimable! Je le soupçonnais depuis un certain temps, mais je ne prenais pas la mesure de ce qu'offre internet en matière d'accès à la culture. Il y a peu, j'ai décidé de me mettre au goût du jour et de télécharger ITune, voyant ma soeur et quelques amis accros à ces petites choses dont j'entendais toujours parler sous le nom presque "cronenberguien" de "Podcast". Depuis, je ne les lâche plus: c'est un véritable bonheur de pouvoir ainsi télécharger ses émissions préférées afin de pouvoir les écouter comme on veut, quand on veut, à l'endroit à l'envers ou encore dans le désordre, de pouvoir revenir sur un passage qui nous intéresse etc...
     
    Je ne saurais que trop vous conseiller de faire comme moi! Mes favoris: France Inter et sa "Librairie Francophone", son "Masque et la plume", ou autres "Côté culture" et l'excellent "Cinéfilms"...
     
     
    5/16/2006

    Bobo

     

    Encore une pleurnivherie de mon cru, mais retrouver ce genre de petites choses me rappelle avec nostalgie et tendresse que l'adolescence, ça fait bobo!
     
     
     

    On/Off

     

     

    On attend. On pense même que c’est ce à quoi on se consacre depuis qu’on est entré dans l’adolescence. On est dans la cuisine de l’étage avec ces œufs qui n’en finissent pas de cuire. Officiellement. En réalité, on guette, on est une oreille géante qui serait à l’affût de son pas, de sa voix, du bruit de ses clés. On se hasarde à jeter un œil dans le couloir, et on n’y voit que la fenêtre qui ouvre ses battants à l’autre bout. Un peu trop radical comme symbolisme, mieux vaut retourner à ses œufs et attendre qu’il arrive. On s’avance vers la fenêtre et d’où on est on observe deux filles qui marchent ensemble vers le restaurant universitaire. Le prototype même de l’étudiante, une démarche nonchalante très étudiée et cette espèce de chignon déstructuré sensé exprimer la volonté de souplesse d’esprit, l’abolition de la rigidité prônée par une génération léchant les restes des avantages que leurs parents auraient sensiblement décroché trente ans auparavant. Deux petites brunes, chacune leurs mèches, bleues pour l’une, à savoir sans doute froideur et liberté (le ciel est bleu, si on ne peut pas l’atteindre, autant le faire venir à nous), vertes pour l’autre, ce qui communément symbolise l’espoir. Deux idiotes, bien qu’on ne les connaisse pas.

     

    On préfère fixer ses yeux sur un morceau de pelouse lorsque quelqu’un entre. On ne se retourne pas tout de suite, on préfère laisser son cœur nous asséner sa décharge d’adrénaline tranquillement et son esprit se préparer à démontrer sa faculté de réagir, sinon subtilement, normalement. On quitte son morceau de pelouse pour se retourner vers lui. Qui s’avère finalement être Magali, une quelconque étudiante en médecine de notre étage. Déçue, on lui adresse un pénible « salut », la félicite sur sa chemise histoire de ne pas manquer à sa réputation de personne sympathique et vivante, et surtout de ne pas laisser son état s’allier à la solitude qu’on craint pourtant assez. On s’aperçoit que ses œufs ont fini par brûler. Il ne se passera rien aujourd’hui, on le craint. On reprend son déjeuner, éteint sa plaque et retourne dans sa petite chambre avec l’espoir de le voir glisser de l’escalier vers les portes. Notre cœur se manifeste encore lorsqu’on entend du bruit, voit une ombre qui annonce finalement Lise, notre voisine d’en face. On lui adresse un sourire auquel elle répond nerveusement mais avec assez de fierté pour essayer de le cacher. Lise est très jolie, brune aux cheveux courts qui, malgré ses vêtements souvent maladroitement assortis, respire la classe et laisse transparaître un certain caractère sans qu’elle le veuille. Beaucoup plus intrigante que celle qui la suit dans sa chambre, celle qui manifestement s’offre entièrement dans son apparence étudiée, le genre de fille qui plait actuellement. Celle qui nous demande une cigarette avec cette expression de fausse gêne qui nous pousserait facilement à refuser. On fait un signe de tête, emporte sa poêle et revient avec un paquet de Marlboro qu’on vient d’acheter, chose que les gens semblent deviner de façon étonnante. On la lui donne, en propose une à Lise qui accepte trop cordialement pour être à l’aise, et en prend une qu’ on allume avec le briquet de la fille, enchâssé dans un petit étui au nom de Véra. On laisse Lise avec « Véra », la regardant quelques secondes, curieux de savoir si cette petite poupée était vraiment la bienvenue. Rien ne transparaît, Lise semble avoir beaucoup d’entraînement dans l’art de contenir ses sentiments derrière un mur d’inexpressivité.

     

    On regarde en direction de la chambre de Jean, et décide qu’on a oublié quelque chose à la cuisine : on s’avance et lorsqu’on passe devant chez lui, il n’y a apparemment personne. On continue vers la cuisine et entre. On ouvre le frigo, jette un coup d’œil et finit par ne rien prendre. On repart vers sa chambre et respire l’odeur sucrée amère qui se dégage de cette chambre 454. Même rentré chez soi, l’odeur nous reste dans le nez. Le genre de parfum qui va réveiller des sentiments éprouvants. On se laisse aller à inspirer un grand coup, le faisant passer dans notre sang pour alimenter encore la tumeur noire qu’on entretient depuis qu’on a croisé son odeur dans le sillon de ses pas. Nos œufs sont beaucoup trop cuits, on sait de toute façon qu’on ne les mangera pas. L’appétit nous a quitté depuis qu’on vit seul ici. On se nourrira de la cigarette qui se consume dans nos mains pendant qu’on l’assaisonne des scènes irréalisables qu’on brode dans notre esprit trop imaginatif. On reste ainsi recroquevillé sur son lit pendant quelques minutes avant de revenir à la vie réelle, nos yeux ayant malgré tout identifié la forme voilée par les rêves comme étant le classeur dans lequel on range ses cours. En le regardant plus nettement, on peut même constater qu’il devient de plus en plus conséquent, ce qui nous inquiète sensiblement. On décide alors d’aller discuter.

     

    Internet. On l’a découvert il y a à peu près deux semaines, grâce à un ami qui ressentait un grand manque sexuel et qui visiblement se servait de son ordinateur pour commander des filles. Intrigué, on a ainsi pris connaissance des « chats ». Salons de discussion pour jeunes de tous poils, étudiants timides, obsédés sexuels, accros de la mode et de la drague douce. Un paradis pour mélanger incognito les parasites sociaux, les coincés et leur donner un semblant de vie sociale, restons après tout dans le domaine du virtuel. Bref, en l’espace d’une semaine, on a gagné une foule de soupirants qui nous envoient des « mails » contant notre beauté et notre vivacité d’esprit. La meilleure façon qu’on aie trouvé pour s’échapper d’une réalité horriblement différente.

     

    A l’université, la connexion est gratuite, alors on ne se prive pas. Nous voici donc dans la salle informatique où une queue incroyable de filles aussi coincées que nous attendent leur tour pour aller se dévergonder à couvert. La prise d’un ordinateur est un sport de haut niveau et tout novice se fait facilement refouler, destiné à passer son après-midi à attendre une place libre. Douloureux pour tout pacifiste, même. Il faut se battre toutes griffes dehors si l’on ne veut pas voir la pétasse devant nous se jeter sur l’ordinateur qui, si l’on respecte les tours établis simplement par l’ordre d’arrivée, nous était destiné. Après avoir obtenu la machine qu’on voulait, on entre sur le chat et revêt sa personnalité d’un pseudo aussi réel que banal : son prénom, son initiale ; après tout, vu toutes les acrobaties orthographiques que demandent la prise d’un pseudo qui ne soit pas suivi de numéros, autant s’assurer l’authenticité et faire preuve d’honnêteté par la même occasion. Nous voilà donc arrivé sur le salon, et même si toutes ces personnes ne sont en fin de compte que des mots sur un écran, on sent tout de même les effets de la timidité.

     

    On regarde la liste des pseudos et s’aperçoit qu’encore une fois, la majorité vient ici pour chasser la femelle. Entre Phallus35 et coquin_pour_coquine, le ton est donné. On se lance alors : « salut tout le monde ». Et chacun nous ignore, voire reste muet. Car chacun ici attend tout des autres sans s’impliquer. La catégorie la plus courante dans les salons est représentée par les égocentriques blasés qui regardent parler les autres et finissent par déclarer s’ennuyer ferme, priant le monde de trouver un sujet de discussion plus intéressant. Ensuite, il y a les faux entreprenants, qui entament une discussion privée avec vous, viennent vous voir apparemment par curiosité, et vous laissent ensuite la tâche de poser les questions de courtoisie et de choisir un éventuel sujet de discussion. La plus importante des populations virtuelles introduit la conversation privée avec force de mots aussi sensuels les uns que les autres : « est-ce que tu suces ? » ou « si tu es aussi belle à regarder que je l’imagine, tu dois être excellente à baiser ». Cependant, certains sont plus subtils. Ils commencent traditionnellement par vous demander votre asv (âge, sexe, ville) et embrayent sur vos mensurations, ce qui ne manque pas de vous donner la puce à l’oreille, mais lorsque vous êtes assez naïf pour croire encore en l’honnêteté et le respect, vous gardez espoir. Et dure est la chute lorsque l’animal vous dit alors que « la rencontre l’intéresserait uniquement si vous le laissez vous sodomiser ».

     

    Pourquoi on continue alors à aller discuter ? Parce que derrière un écran notre personnalité se risque à s’exposer. Le texte « arial » filtre les bafouillages, les déraillements de la voix, les joues rouges, les mains qui tremblent et les silences chargés de gêne. On n’écrit rien. Tous ces pseudos inexpressifs nous font tout à coup peur et on décide de partir, libérant la machine.

     

    Arrivée à la cité, on entreprend péniblement l’ascension des quatre étages qui nous séparent de notre tanière. Chaque marche semble remplir un peu plus nos yeux de larmes. Il y en a environ quatre vingt jusque là haut, et on se dit que nos paupières ne contiendront pas facilement les gouttes qui y affleurent petit à petit. Et il y a cette odeur qui, à peine ayant atteint nos narines, nous replonge dans un bain d’émotions aussi oppressantes  à présent qu’elles étaient douces il y a peu de temps. Elle s’immisce par le nez pour venir serrer le cœur avec autant d’ardeur qu’elle vous coupe du monde un instant et prend le contrôle à la fois du corps et de l’esprit. Un flot d’images vous encombre alors les yeux et l’on se perd dans un futur que l’on espère possible. Là, cette bonne vieille douleur réapparaît. Plus discrète que dans les moments de découragement et de désespoir, mais présente indéniablement. Une sorte de bruit de fond sur la musique des sentiments quotidiens. Elle peut se manifester quelques secondes, dans le pire des cas, elle vous obnubile plusieurs jours.

     

    On ouvre sa porte après avoir laissé tomber ses clés trois fois de suite, la vision pervertie par les larmes qui désormais coulent abondamment sur nos joues. Laisser sa souffrance se libérer d’un esprit confiné en cri aussi inexpressif qu’insensé. Le visage se déforme en un tiraillement éprouvant de chairs et ainsi, sur ce terrain accidenté, coulent les larmes jusqu’à une bouche grande ouverte et bavante. Les yeux et le nez enflent et rougissent. Ne reste qu’à goûter cette saveur amère et salée. Le désespoir est ce qu’il y a de plus laid.

     

    La soirée s’étire sur les quelques heures qui nous séparent de celle de notre coucher quotidien. On se plonge alors dans ses pensées, essayant de vivre une vie imaginaire qui soit plus fructueuse en actions et en émotions que celle qu’on tente de mener d’ordinaire. Tout est parasité par les bruits alentour, qui frappent nos oreilles et font résonner en nous la présence des autres étudiants qui entrent alors dans notre vie intérieure. Tout est gâché. On se couche.

     

    On s’efforce de penser que sa vie nocturne, celle qu’on mène par delà ses rêves impliquent aussi ceux qu’on y croise. Ainsi, on aurait reçu les baisers qu’ on attendait, on aurait goûté aux faveurs qu’on a volontairement ou non ignorées, sans doute sous l’emprise d’un subconscient tyrannique et masochiste, malheureusement. Le lourd fardeau de l’absence s’estompe au fil du temps et sera annihilé lorsqu’il sera temps de mettre sur pieds une année nouvelle où on se torturera encore de frustrations dont seul nous-même pourrons nous sauver. On ressemble à un acteur en représentation, mauvais acteur pour lequel le paraître importerait plus que ce que ses sentiments dévastateurs lui ordonnent de faire. Le refoulement provoque des dégâts intérieurs sans précédent, et insuffle au visage la tristesse des yeux vitreux où l’âme que l’on devrait y voir  suffoque, non offerte au regard des autres. Notre vœu serait de rendre le temps malléable et de rendre éternels les moments furtifs où l’on saisit la douceur d’une caresse. Ce qu’il nous offre n’est que le regret de ne pas avoir su savourer les contacts qu’il est, en fin de compte, inutile de confier à une mémoire maladroite. On préfère alors se retourner dans l’obscurité de sa chambre, tourner le dos à la baie vitrée dont on n’a pas baissé les stores de peur d’étouffer, sans doute. On laisse ainsi derrière un bout de sa mélancolie, et commence à se laisser bercer par le néant provisoire de notre esprit. Un bruit nous tire alors de notre torpeur, on reconnaît les pas et l’odeur. On se remet à pleurer. 

     

     
     
     
    4/30/2006

    Blog'art

    Ayant découvert pas mal de blog'art ces derniers temps (le meilleur moyen de se rapprocher de tous ces gens qui peuvent paraître inaccessibles et qui ne le sont plus tant que ça), j'ai doté ma page d'une nouvelle liste de ces blogs qui me font rire ou qui m'émerveillent tour à tour. A savourer!

    24 (suite et fin)

    Un miracle vous a permis d’enfoncer la clé dans la serrure du premier coup. Vous ouvrez, et l’odeur vous saute au nez. Ca sent son parfum à Elle, ça passe dans votre sang et vous laisse imaginer qu’il vous donne un peu de son pouvoir. « Gus » marmonne péniblement qu’il a envie de vous et vous vous rendez compte alors de ce que vous allez devoir faire. Vous le laissez s’asseoir sur le lit avec vous, commencer à enfouir sa tête dans votre cou. Vous sentez à nouveau son haleine, ça vous déstabilise, et vous essayez alors de retrouver le parfum qui vous avait assailli lorsque vous êtes entrée. Ses mains sont chaudes à présent, et passant outre le néant émotionnel qu’il vous évoque depuis le début de la soirée, vous essayez de ressentir quelque chose. Vous vous concentrez sur ses caresses, la façon dont il déboutonne votre chemise et la fait glisser sur votre dos, alors que vous sentez la froideur de la pièce comme le picotement de milliards d’aiguilles. Il a désormais enlevé son t-shirt et vous n’osez pas le regarder. Il vous entraîne avec lui, vous allonge sur les oreillers, et vous continuez de jouer les poupées de chiffon. Votre regard continue de s’attarder sur cette pièce qui n’est pas la votre, dénuée de toute familiarité, dont vous vous servez afin d’endosser le caractère de quelqu’un qui ne vous ressemble en rien. Mal à l’aise dans ce travestissement, vous fermez les yeux. Bien vous en a pris, vous dites-vous, lorsqu’il dégrafe votre soutien-gorge ; vous n’auriez pas aimé affronter une éventuelle déception dans ses yeux. Dans la mesure où il vous dévore littéralement les seins, il n’a pas dû l’être.

    Toujours occupée à essayer de vous abandonner à ressentir quelque chose, vous gardez les yeux fermés. Vous le sentez qui se relève. Cette interruption donne l’occasion à la gêne et au malaise, qui restaient jusqu’ici couchés non loin, de fondre sur vous. Vous entendez les cliquetis de la ceinture et devinez qu’il est désormais nu. Vous regardez les murs toujours hostiles dans lesquels vous ne décelez toujours rien de rassurant. Même le parfum n’y fait plus rien. Lorsqu’il déboutonne votre pantalon, la brûlure de la gêne est si forte que vous décidez de vous échapper de votre corps. Vous contemplez désormais votre image. Vous n’êtes pas tout à fait partie, vous êtes nue et vous sentez la morsure que vous inflige le froid.

    Il s’allonge alors sur vous et vous l’enveloppez de vos bras. Il vous embrasse et vous revenez petit à petit. Lorsque ses doigts s’immiscent en vous, vous ressentez ça comme un bélier qui enfoncerait la porte de votre intimité et décidez de mettre à l’abri tout ce que vous pouvez avoir de plus authentique. Vous réagissez en bonne élève, et gémissez parce que vous croyez que c’est ce qu’il attend de vous. Vous le caressez aussi, et bien que le contact d’un pénis au creux de votre main vous soit agréable, vous avez la sensation d’être maladroite et vous vous échappez à nouveau. Il s’écarte encore, et le fait qu’il s’arrache à vous vous fait presque mal. Le froid vous envahit derechef, et la nausée s’empare de vous. Le temps s’étire. Il cherche le préservatif dans sa poche, le met. Vous tremblotez. Il se rallonge enfin sur vous et s’introduit en plongeant sa tête dans votre cou. Vous rouvrez alors les yeux, sentant la pièce s’écrouler autour de vous lorsque vous les gardez fermés.

    Vous le sentez bouger en vous et frissonnez de ce que vous pensez être du plaisir. Vous décidez alors de vous laisser aller. Vous êtes désormais seule, les yeux vers le plafond, à le sentir se mouvoir. Il va, vient, et vous distinguez quelque chose d’imprécis qui se passe en vous. Vous soupirez plus fort, et fermez vos yeux une nouvelle fois, vous concentrant sur le bourdonnement sensoriel qui résonne en vous. Vous envisagez soudain pouvoir ressentir du plaisir et sentez s’amplifier votre vibration intérieure. Il s’active au dessus de vous, vous embrasse et repart au creux de votre épaule. La sensation qui voyage à travers votre corps s’attarde maintenant sur l’estomac, puis repart vers le bas-ventre. Elle s’intensifie encore, et s’apparenterait presque à la douleur. Vous réussissez à vous abandonner un peu plus, et guettez le point d’orgue qui vous conduira droit à la jouissance, alors que votre tête s’alourdit brutalement et que vous vous sentez aspirée par l’oreiller sur lequel elle repose. Vous pensez rouvrir les yeux, mais c’est alors que vous sentez encore des frissons vous parcourir et quelque chose monter en vous. Ca explose brutalement.

    Vous avez vomi.
    4/27/2006

    24 (partie 2)

    Il veut vous payer une bière à toutes les deux, Elle accepte. Elle se tourne un peu vers lui. Ca faisait un petit moment qu’il observait. Il pose des questions, Elle répond, vous aussi. Il vous écoute toutes les deux, s’intéresse autant à l’une qu’à l’autre. Les sujets s’enchaînent, les verres aussi. Votre regard se fait traînant, les complexes s’étiolent. Vos yeux s’attardent sur ceux des autres avec moins d’inhibition, vous y mettez un peu plus de vous et vous vous laissez porter par l’ambiance. Vous croisez le regard d’un gars qui vous plaît et vous vous écartez un peu de la conversation.

    C’est alors qu’arrive l’un des amis de votre interlocuteur. Il se rabat sur vous tandis que l’autre continue sa discussion avec Elle. Et il parle, parle. Et vous n’aimez pas ce gus qui se sent obligé de régir vos goûts musicaux en se servant des siens comme critère de jugement universel. Physiquement, il ne vous plaît pas non plus. Vous cherchez à nouveau du regard celui que vos yeux avaient rencontré précédemment. Vous le voyez au fond de la salle, debout devant le groupe de musique dont le concert a débuté Dieu sait quand, vous ne vous rappelez plus. L’enthousiasme chevillé au corps, vous insistez, l’observez, et il se retourne vers vous, croise votre regard et esquisse un sourire. Forte de cette victoire, vous vous retournez vers votre verre que vous allégez d’une gorgée, et vous vous apercevez que « Gus » est toujours en train de vous parler, s’est même rapproché, et vous souffle désormais au visage une haleine chargée de bière et de charcuterie mélangées. Dans la mesure où la vôtre pourrait presque supporter la comparaison, charcuterie mise à part, vous décidez d’être indulgente. Vous lâchez péniblement que vous allez écouter le groupe. Elle, Elle discute toujours, les yeux embrumés, agrippés à ceux de celui qui n’a de cesse de parcourir ses cuisses de ses mains pressées. Elle l’embrasse. « Gus » s’énerve à présent sur la lutte des classes, peut-être depuis que vous lui avez dit être obligée de travailler pour payer vos études. Vous vous apprêtez alors à aller écouter le concert seule, et entamez une descente de tabouret.

    Vous ondoyez vers le fond de la salle, vous empêtrant dans le regard des autres qui, désormais, ne vous fait plus aucun effet. La musique vous plaît et vous commencez à danser. Un verre vous arrive dans les mains et vous espérez alors qu’il vienne du jeune homme qui vous avait souri. Vous levez les yeux pour vous percevoir que c’est bien lui. Il sourit désormais franchement et trinque avec vous. Vous dansez ensemble, quelqu’un vous bouscule et vous renversez un peu de bière sur lui. Ca semble l’amuser, il est aussi saoul que vous. Vous dansez, vous l’embrassez. Ca lui plaît. Un de ses copains vient vous l’arracher, ils sont attendus ailleurs.

    Retour désenchanté vers « Gus ». Il parle avec Elle. Ascension pénible de tabouret. « Gus » s’absente. Elle vous regarde de ses yeux cernés et vitreux. Elle vous répète qu’Elle vous adore et vous étreint. Elle vous demande si ça ne vous embête pas si Elle va passer le reste de la nuit chez le gars, Elle vous laisse ses clés. Vous pouvez ramener « Gus » chez Elle, Elle vous fait confiance. Embourbée sur le terrain du désenchantement, vous acquiescez cependant avec un franc sourire. « Gus » revient, Elle part en vous embrassant. Le paysage danse alors plus violemment devant vos yeux. Le visage de « Gus » vous paraît plus agréable. Parmi les effluves d’alcool et de sueur, vous ne sentez plus son haleine. Il s’approche de vous et essaie de vous embrasser, tentative avortée par une chute de tabouret, elle, loin d’être pénible. Il rit, vous non. Il se relève, vous payez, prenez vos affaires et sortez entraînant un « Gus » tanguant dans votre sillage.

    « Gus » finit par vous amuser sur le chemin du retour, crachant des embryons de phrases. Vous lui répondez en mots mâchés qui courent plus vite que votre bouche ne peut articuler. Chaque pas fait vibrer le paysage devant vos yeux, la lumière des lampadaires vous éblouit, mais vous savez où vous êtes et où vous allez.

    Les ombres dansent sur les murs, suivant vos mouvements. Vous reconnaissez la vôtre que vous observez derrière la brume dont l’alcool a alourdi vos yeux. Elle se meut tranquillement, aussi noire que les angoisses qui vous parcourent de l’esprit au bas-ventre, et vous espérez un instant pouvoir la laisser derrière vous sur ces murs, chargée de ces peurs qui font de vous une âme étouffée. Le paysage s’étend devant vous et vous tend une brassée d’inconnu, trame sur laquelle vous brodez votre route point par point, pas à pas, submergée d’amertume et de nausée mélangées. Les fenêtres s’ouvrent sur l’obscurité, la noirceur d’une pièce sans lumière aussi opaque que les yeux des gens que vous imaginez y habiter. Vous y laissez s’engouffrer votre ombre qui s’y retrouve noyée, fusion d’ébènes, où vous lui espérez la rencontre furtive avec celle d’un autre rôdeur contemplatif. Un nouvel étourdissement vous emporte dans une spirale visuelle où se mêlent lumière, architecture, et peuple noctambule d’ombres non identifiées que vous pourriez presque prendre pour celles des âmes nomades dont les propriétaires sommeillent paisiblement entre leurs quatre murs.

    Les mains de « Gus » viennent s’accrocher à vous, remontent, se posent au hasard, promeneuses insolentes dont la froideur vous ramène dans votre corps. Vous réprimez un haut-le-cœur et essayez de le regarder dans les yeux afin d’y déceler une parcelle d’envie de vous. Il essaie également, et l’idée qu’il puisse chercher la même chose dans les vôtres vous attendrit et vous le rend plus attractif. Il prend votre main et vous terminez le trajet en vous bousculant l’un l’autre, l’équilibre perverti par la danse incessante d’un paysage peu docile.
    [...]/[...]
    4/25/2006

    Inauguration

    Voilà plusieurs personnes que je vois mettre leurs écrits en ligne sur leur espace perso. Serait-il alors temps d'oser mettre les miens? Sans doute. C'est ainsi que je n'irai pas jusqu'à dire que je suis fière de présenter une de mes premières "nouvelles" (c'est prétentieux de leur donner ce nom?) aux frontières de l'émouvant et du ridicule, quand je la relis. Elle a presque deux ans, ça se voit!  Pour ne pas que les billets soient trop longs, je la découperai en différentes parties, ménageant une sorte de suspens qui m'amusera moi, au moins... Naaaa!
     
     
    24
     
    Comparaison assassine. Elle a de grands yeux vert clair qu’on chanterait aisément. Imaginez une chanson rien que sur vos yeux ; de quoi réveiller le Narcisse qui est en vous. Ses sourcils arqués sont parfaitement dessinés, bruns comme ses cheveux. Chaque poil y est à sa place et se range aux côtés des autres pour surligner son regard en lui conférant une force de diablesse. Et puis son nez. Il tombe gracieusement au milieu de sa figure, droit comme le serait le roi des nez. Deux narines remontent vers les joues de façon harmonieuse, creusant deux petites zones d’ombre sur les ailes de ce nez qui t’énerve à force d’être parfait. En dessous vient une petite bouche expressive qui se tord sans jamais grimacer, comme le ferait celle d’un bambin. Les commissures tombent légèrement pour lui donner une petite moue boudeuse d’enfant espiègle. Sa peau a la texture de celle d’une pêche et aucune aspérité ne vient gâcher cette plaine sacrée. Elle est bronzée comme c’est pas permis. Au soleil, sa peau colore immédiatement, et à l’ombre, elle a la teinte ocre des terres vierges sur lesquelles se bâtissent des promesses de sensualité. Elle est mince. Ses épaules tombent gracieusement, et au milieu d’un buste fin se dressent deux seins ronds et fermes assez fiers pour se maintenir seuls sans l’aide des encombrantes pièces de tissus dans lesquelles on les enferme d’ordinaire.

    Vous, vous faites de votre mieux. Pour sûr, vos yeux sont verts, mais d’un vert classique, qui n’inspire pas plus d’admiration que de chanson. Votre nez se trouve évidemment au milieu de votre visage, mais comme si il y avait été posé accidentellement, lâché au hasard et avachi sans bien savoir se tenir. Votre bouche est une sorte de support à ce nez trop grand, piédestal à ce monstre de chair qui l’éclipse et cache les soupçons d’expressions qu’elle arrive péniblement à former de ces deux lèvres fines. Quant à votre peau. Votre peau, c’est un tapis rugueux qui couvre les muscles trop saillants de votre visage. Région au relief incertain, jamais vraiment mate, dont les élans productifs de sébum lui permettent en quelque sorte de renvoyer la lumière, de façon exagérée cependant. En digne héritière de la peau de rousse de votre mère, vous arborez un teint d’une pâleur presque maladive parcouru de rougeurs dont les plus importantes s’étendent sur les joues. Là où d’autres ont bonne mine, vous, vous avez l’air d’être perpétuellement consumée par une chaleur étouffante. Cette tête mal assemblée se porte au bout d’un corps taillé dans la guimauve, mince mais portant encore les vestiges d’une adolescence rondelette. Comme votre nez, vos seins ont été posés là au hasard, l’un plus bas que l’autre, le plus gros d’ailleurs. Et vous cherchez à les faire oublier en rentrant les épaules, car si personne ne peut le remarquer, vous savez, vous, que votre mère les a négligés, comme pour se venger du fait que vous ayez déformé son ventre et ses hanches alors que vous attendiez de pouvoir vous extirper d’elle.

    Vous êtes assises toutes les deux au comptoir et une bonne vingtaine de paire d’yeux sont tournées dans votre direction. Elle parle beaucoup, pouffe, s’esclaffe, rit, profite de l’instant. Elle ne se rend pas compte qu’on vous observe avec insistance, par ci, par là. Vous le savez, vous, même quand ça n’est pas le cas d’ailleurs. Vous vous sentez en perpétuelle représentation. Les hommes détaillent avec leurs yeux inquisiteurs. Ils déshabillent avec appétit et imaginent avec tant d’envie que le désir transpire sur leurs visages. Elle jette parfois quelques œillades, Elle repère. Vous, vous cherchez une connexion, une exception qui s’attarde sur vous, croiser un regard parce que vous avez besoin de vous rassurer. Pas parce que vous en avez vraiment envie mais que votre orgueil a l’esprit de compétition. La moisson vous en offre un bouquet de deux ou trois, tandis qu’Elle se dépêtre de tous ceux qui viennent d’accrocher à Elle.

    Les filles regardent aussi. Des regards de savants fous, docteur es « mode et attitude », critiques et agressifs. Discrets dans l’être vraiment, ça doit les rassurer de vous déstabiliser. La délictueuse sera sévèrement jugée, la lauréate sévèrement enviée. Dans ces cas là, vous préférez vous considérer hors sujet.

    Et dans cette toile tissée de multitude de regards, vous recherchez un chemin vierge et sûr pour vous reposer.

    Vous êtes toutes les deux assises au comptoir et vous parlez beaucoup. Elle vous explique que vous êtes sa meilleure amie, qu’Elle ne saurait quoi faire sans vous. Elle parle plus que vous car Elle a plus de choses à raconter. Elle a vécu énormément plus de choses, Elle ne trimballe pas une malle entière de complexes qui ralentissent son train de vie. Celui-ci est fou amoureux d’Elle, dit-Elle ; celui-là l’agace à l’appeler sans arrêt ; un troisième est hyper sympa ; le quatrième baise mieux que les autres. Mais malgré eux, sans vous, Elle s’ennuierait. Elle ne pourrait rien partager, Elle adore quand vous la faites rire, Elle trouve votre sens de l’humour exceptionnel. Vous faites semblant de vous sentir bien dans votre peau, vous arrivez même presque à ne plus y penser. Tiens, Elle a un pantalon à vous donner ! A Elle, il ne lui va plus, Elle nage dedans. Malgré a petite, estocade, sans aucun doute involontaire, vous la remerciez de l’intention. Vous savez que dans un de ses vêtements, vous aurez l’impression de voler un peu de son aura.

    Vous vous habituez à occuper l’échelon inférieur au sien, vous avez l’impression que, finalement, vous bénéficiez un peu de son charisme. C’est à vous qu’Elle parle, Elle vous associe à ses aventures, lorsqu’on la regarde, on vous regarde forcément un peu aussi. Toutes deux, vous vous amusez beaucoup, vous buvez, vous discutez, et c’est là qu’il entre en scène.
     
    [...]/[...]
     
     
    4/11/2006

    Merci Manu Larcenet...

    ... de créer des fédérations auxquelles je puisse enfin participer activement!
     

    Bug

    Cafard noir. Ca prend sans raison et ça vous laisse l'impression de vous débattre au dessus du vide qui se creuse en vous. Ca tire sur les frontières de l'humeur jusqu'à les arracher. On veut que ça saigne, pour se sentir vivre. Du liquide rouge et chaud sur ce rien qu'est la tristesse vaine du sentiment d'abandon.
     
    On reste assis dans une pièce que l'on connaît depuis si longtemps qu'on n'en regarde plus les détails qui en font la représentante directe de ce que l'on est. On fixe pour essayer de retrouver quelque lien que ce soit, la familiarité qui fait que les objets sont enduits d'un imperceptible film affectif qui en fait des parts de vous. On ne voit rien, on ne ressent rien. Ils sont devenus étrangers et on ravale les liens qui vous attachaient à eux. La colère est sourde et ne sourd jamais, enfouie sous la carcasse de la bonne éducation. On ne laisse rien sortir, on se tait pour ne pas contaminer les autres et on laisse faire.
     
    On accepte. On se résigne à dire qu'ON n'a pas les bonnes réactions, et qu'on dévie du comportement attendu par tous. On prend les choses bien parceque c'est ce qui embête le moins, mais à l'intérieur ça rue, ca pousse et pique d'un coup aigu asséné en pleine fierté. Et le pire, c'est qu'on s'en veut. Que tout est toujours de votre faute et que l'on n'agit jamais comme il le faudrait. On cherche la norme, on essaie de faire bonne figure, on laisse je ne sais qui tirer les fils qui agitent vos membres alors que vous ne savez plus guère ce que vous faites. On se perd dans les circonvolutions de son malaise, on s'englue dans la gêne qui transpire de nos yeux fixes et secs.
     
    Ca tire, pique, et ravage, et tord l'intérieur. Ca fait sentir qu'on vit.
    4/7/2006

    XX

    C'est ce qu'il y a d'écrit sur ma carte d'identité génétique. Quand on me voit, d'ailleurs, on s'en rend compte. J'ai tout ce dont une XX a besoin pour être une parfaite XX (parfaite, c'est le terme rhétorique pour exprimer l'idée que l'on colle parfaitement à son type, je ne préfère pas m'étendre sur d'éventuelles considérations esthétiques qui me fâcheraient quelque peu). C'est dans la tête qu'il y a quelque chose qui cloche. Un Y semble s'être caché dans ma matière grise.
     
    Il y a une presse spécialisée pour les XX, pleine d'articles répondant aux principales de nos soit-disant préoccupations. Quand on feuillette, c'est effrayant: "comment perdre du poids le plus rapidement possible sans se fatiguer sinon personne n'acceptera de vous laisser vous promener en maillot de bain sur la plage"; "l'accessoire inutile qu'il faut ABSOOOOOLUMENT avoir cet été et que l'on va toutes s'arracher parceque Scarlett Johansson a été vue avec le 15 mars 2006"; "comment jeter le mec que l'on s'est fait la veille sans passer pour une salope"; "comment se débarasser de la rivale que l'on a au bureau sans pitié ni humanité (de façon très féminine, quoi)"... A ce stade mon X s'atrophie pour laisser hurler le Y qui est en moi: il faut se rendre à l'évidence, tout cet univers me répugne, et ne m'intéresse pas.
     
    Il se manifeste également lorsqu'une de mes congénères TOTALEMENT XX et qui l'assume, essaie de discuter avec moi: "Trop beau ton t-shirt! Tu l'as vu dans quel magazine?"; "t'utilises quelle crème le soir?"; "t'as vu le dernier fond de teint l'Oréal?". Dès qu'elle aborde ce genre de sujet, je n'ai plus rien à dire, et là encore Y aurait l'intention de lui parler à ma place. Lorsque j'achète un vêtement, je ne l'ai vu dans aucun cahier de tendance qui soit, je l'ai remarqué parcequ'il m'a plu et qu'il correspondait à mes goûts. Pas ceux de Vogue. D'ailleurs, ça simplifie grandement la vie!
     
    Puis arrive le printemps. On se lève, on sirote son café devant les images mouvantes de la télé parceque ça réveille, et le cortège de pubs vous donnerait presque envie d'aller vous recoucher: "la cème X vous enlèvera toute cette vilaine graisse qui s'accroche à vos fesses"; "la crème Z vous elèvera toutes ces vilaines rides qui vous font paraître votre âge (quelle honte, sans rire!)"; et tout le cortège d'artifices du parfait home-chirurgien-esthétique qui vous transforment en machin bricolé d'astuces casse-gueule qui dégoulinent au moindre signe de pluie. Quand on sort, ça n'est pas mieux. Y'en a partout. Des affiches qui vous rappellent que vous n'êtes pas assez mince, pas assez jeune, pas assez riche, pas assez bien habillée...
     
    Je n'ai que de rares amies filles, et les seules que j'aie sont aussi peu féminines que moi. C'est tellement agréable de pouvoir se promener dans la boue sans y faire attention, de grimper aux arbres, d'avoir des sacs énormes dans lesquels on peut avoir tout ce dont on a besoin et plus, de pouvoir les balancer où on veut sans que ça ne craigne rien, de boire de la bière et faire suivre d'un concours de rots, de balancer des grossièretés plus grosses que nous, de dormir n'importe où et de se réveiller dans n'importe quel état. Quand on est une fille, on n'y a pas droit. Quand on le prend, on est la petite rigolote, mais on se fait souvent dire qu'on est un "vrai pote" (alors que souvent on aimerait plus parcequ'on a quand même pas oublié qu'on était une fille, nous )
     
    Ce qui me reste à faire? Continuer à  jongler avec  X et Y (eh oui, mon zamoureux, tu vas devoir continuer à te demander si tu n'es pas un homo refoulé ) et laisser passer le printemps. Avec lui s'en iront ces foutues affiches...
    3/24/2006

    Cancer

    Il peut également être nommé Jalousie. Ca dévore, ronge, grignotte, et sans anesthésie. Le pire c'est que l'on est obligé de se taire. Alors on laisse les autres en parler:
     
    Il y a les intransigeants visiblement victimes d'un jaloux ou ayant été victimes de la leur.
                 
     > L'amour fait naître la jalousie, mais la jalousie fait mourir l'amour.
     [Christine de Suède]
     > La jalousie est comme un acide qui attaque d'abord le coeur du jaloux lui-même pour atteindre ensuite celui qu'il jalouse.
     [Ostad Elahi]
     > La jalousie n'est qu'un sot enfant de l'orgueil, ou c'est la maladie d'un fou.
     [Beaumarchais] 
     > La jalousie c'est l'agonie de l'amour.
     [Calderon] 
     > La jalousie, c'est une preuve de coeur comme la goutte de jambes.
     [Paul-Jean Toulet]
      > Un amour qui a passé par la jalousie est comme un joli visage qui a passé par la petite vérole : il est toujours un peu grêlé.
     [Paul Bourget]

     

    Il y a les indulgents.

     

     > La jalousie est mille fois plus terrible que la faim, parce que c'est une faim spirituelle.
     [Miguel de Unamuno] 
     > La jalousie d'un coeur de femme est l'obscure terreur que sa joie doit finir.
     [Madame de Maintenon] 
     > Il n'est rien comme la jalousie pour absorber un être humain tout entier.
     [Milan Kundera]
     > La jalousie, cette preuve indiscutable de l'amour.
     [Jean-Chaveau Hurtebise]
     > L'amour sans jalousie est comme un Polonais sans moustache.
     [Proverbe polonais]
     > La jalousie est la seconde plus belle preuve d'amour, après le don de soi.
     
    [Thibault Wehbe]

     

    La conclusion qui me paraît cependant la plus juste viendra d'Eugène Cloutier

     > Tel est bien le malheur profond de la jalousie que de ne pouvoir s'exprimer sans attirer la haine ou le mépris.